C'est ma mère qui m'a offert ce beau roman il y a quelques temps. Arrivée à la moitié, j'ai eu envie de le partager avec vous.

Le fil des souvenirs

Résumé à ma façon :

En 2007, Dimitris rencontre ses grand-parents dans les rues de Thessalonique, la deuxième ville de Grêce. A sa demande, ils décident de lui raconter l'histoire de leurs deux vies. En 2017, Thessalonique brûle : une grande partie de la ville est détruite. Konstantinos Komninos, le plus gros vendeur de tissus de Grêce, voit son magasin et son entrepôt ravagés, le jour même où nait son fils. Après avoir installé sa femme dans une toute petite maison de la ville haute, rue d'Irini, il consacre toute son énergie et son temps à reconstruire et améliorer son empire. 

Le petit Dimitris grandit dans le bonheur, bercé par les mélanges de populations, de langues et de religions de la ville haute qui rebute son père. De son côté, la petite Katerina fuit Smyrne : sa ville aussi est détruite par un incendie et ravagée par les troupes de l'armée turque. Dans cette fuite, elle est arrachée à sa mère et recueillie par Eugénia et ses filles. Souhaitant rejoindre Athènes, elles sont contraintes de venir s'installer à Thessalonique... rue d'Irini. La fillette se découvre un don pour la broderie, tandis que le garçon poursuit son propre destin, en opposition avec son père...

Mon avis :

Passé le premier chapitre, qui installe l'histoire, nous voilà plongés dans les rues bruissantes de bruits et d'odeurs de Thessalonique. Portés par le sens narratif de Victoria Hislop, nous découvrons le mélange de populations de diverses origines, qui partagent leur quotidien avec tolérance et curiosité. Tous nos sens sont sollicités, et j'ai apprécié grandement les descriptions des petites rues, les couleurs et les odeurs des étals et des boutiques.

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J'ai été frappée par le destin de cette ville, si ouverte et tolérante avec ses religions mêlées, qui se referme peu à peu sur elle-même, échange brutalement des populations avec la turquie, accueille de manière peu amène des milliers de grecs en provenance d'autres régions. Un destin qui résonne tragiquement avec l'arrivée massive de migrants dans les pays d'Europe du Nord, en passant par la Grêce...

J'ai découvert avec bonheur les motifs merveilleux qui naissent sous les doigts agiles de Katerina, la couturière si douée qui brode des merveilles pour les riches dames de la ville, son univers de soies et de couleurs, sa joie de vivre qui lui permet de dépasser le destin.

Bien sûr je n'en suis qu'à mi-lecture, mais je vous recommande chaudement ce roman foisonnant de bruits, d'odeurs, d'humanité, avec ses personnages inoubliables qui ne baissent pas les bras face à l'adversité.

L'extrait :

"Katerina fut aussitôt affectée à la broderie perlée. Seuls des yeux jeunes et des doigts fins comme les siens pouvaient ramasser les minuscules cristaux et attraper l'aiguille la plus fine, la n°9. A la fin de la journée, elle les avait disposés tout autour de l'ourlet de la robe et les autres femmes s'amassèrent pour admirer son travail. [...]

De ce jour-là elle ne cessa de faire des merveilles, et se vit toujours confier les ouvrages qui requéraient le travail le plus précis. Broderie, application, bordure, ruché, elle maîtrisait tout, réalisant des points presque invisibles à l'oeil nu et d'une régularité remarquable, quelle que soit leur taille. Point de satin, point d'épi, point de chevron, point de chaînette, son aiguille allait et venait au même rythme mécanique que les machines de la salle voisine.

Parfois, le seul fait de glisser un fil dans le chas d'une aiguille éveillait en elle une nostalgie profonde, et c'était souvent dans ces longues heures à l'atelier qu'elle pensait le plus à sa mère."

Informations :

Roman de Victoria Hislop, paru en 2014.

On le trouve en version brochée (22,50€) ou en livre de poche (8,10€).