Pour la plupart des gens, l'adoption est vue comme une aventure merveilleuse, qui permet de fonder une famille souvent multicolore, pleine d'amour et de joie. C'est ce qui se passe d'ailleurs dans la plupart des cas, sinon les parents adoptifs ne se lanceraient jamais dans l'aventure !

Cependant, dans plus de cas qu'on ne le pense, l'aventure ne se passe pas du tout de cette manière-là. Les parents adoptifs n'en parlent pas, car ils sont immédiatement étiquetés d'une image négative : celle de mauvais parents incompétents. 

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Chacun alors, parents, enfants, vivent un cauchemar au quotidien, sans pouvoir en parler, et la plupart du temps sans aucune aide extérieure : quasiment personne en France ne sait ce que sont les troubles de l'attachement, pourtant parfaitement connus au Canada et dans beaucoup d'autres pays. En France, parents nuls, enfants victimes !

Extrait de la présentation de cette émission, site de France 5 :

"Pour Barbara, son adoption a d’abord été un arrachement : quand ses parents sont venus la chercher au Chili, elle a dû quitter son orphelinat et sa nounou. Elle avait quatre ans : elle ne leur a jamais pardonné. Sonia, adoptée en Inde, n’a pas accepté la mort de sa mère de naissance. Dimitri a longtemps pleuré la nuit sans savoir pourquoi. Grégoire a connu la rue. Anna a été « celle de la DDASS », dont personne ne voulait. Lorsqu’ils sont arrivés dans leur nouvelle famille, tous étaient en colère. Trop d’adultes avaient déjà failli. Certains enfants ont choisi le conflit, la provocation, la violence, pour tester cet amour qu’ils croyaient impossible. D’autres ont préféré la fuite, la fugue, tout ce qui pouvait les détruire. Alors, le rêve des parents s’est transformé en cauchemar. Ils se sont sentis honteux, démunis. Avec face à eux, une société crispée : l’adoption est un acte d’amour formidable et une institution qu’il ne faut pas salir."

Balottés de foyers en famille d'accueil, après avoir vécu seuls dans la rue ou dans des orphelinats sordides avec un personnel en sous-nombre et mal formé, ces enfants se replient sur eux-même et ne font que survivre, en se coupant de tout ressenti affectif. Quand on sait que l'attachement se produit chez les bébés dans leur première année, et que les enfants adoptés surtout à l'international arrivent en France entre 2 et 8 ans en général, on peut mesurer le fossé entre les traumatismes inguérissables vécus par ces enfants, et l'attente de parents qui veulent juste aimer un enfant.

Dans cette émission, des parents parlent courageusement de leur vécu quotidien, qui est bien loin des récits que l'on nous sert d'ordinaire. Cris, rejet permanent, incompréhensions, refus d'apprentissage, violence... Il faut avoir du courage pour s'exposer ainsi aux critiques de la société. L'une de mères déclare : "On n'osait plus sortir parce que tout le monde nous prenait pour de mauvais parents". Une autre mère raconte, que malgré de multiples appels à l'aide auprès de psys et services sociaux, les choses n'ont bougé que lorsque les coups qu'elle recevait se sont vus sur son visage...

De leur côté, les enfants racontent pour certains leur refus d'être adoptés, une jeune femme déclare :"Je ne voulais pas être prise", coincée qu'elle était dans l'idée que peut-être un jour sa mère reviendrait la chercher... D'autres racontent leur difficulté à se fonder une image d'eux-même alors qu'ils ne savent rien de leur passé.

Dans le débat qui suivait, une psychologue expliquait tout ceci par les troubles de l'attachement et les malentendus affectifs, et parlait du soutien qu'ils apportaient dans son service à des parents catastrophés.

On ne peut que regretter que cela n'existe que dans quelques grandes villes. En province, les familles où les adoptions se passent mal doivent se dépatouiller seules avec des psy qui les jugent nuls ou impatients quand ils ne parviennent pas à juguler 20 crises de colère par jour !

Sonia et sa mère

Heureusement, certaines des histoires se sont apaisées et ces familles ont pu retrouver une relation - pas toutes hélas.

Ce documentaire est à voir absolument, pour arrêter de poser un regard stigmatisant sur ces familles pleines d'espoir qui ont dû se résoudre à ne jamais avoir avec leur enfant les relations d'amour et de confiance qu'ils espéraient partager avec lui, tant la vie de celui-ci  avait été sacagée dès avant sa naissance. Incontournable.

Pour voir ce documentaire :

En replay sur France 5 : Le monde en face : Adoption : je t'aime, moi non plus, écrit et réalisé par Stéphanie Malphettes suivi par un débat animé par Marina Carrère d'Encausse.

Ces deux émissions sont disponibles pendant encore 5 jours.